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Catherine Elkar

 

Les lieux communs de Jocelyn Cottencin
Catherine Elkar (Directrice du Frac Bretagne)
Texte écrit en 2004 pour la publication de l'exposition à la galerie du TNB / Frac Bretagne

La Galerie du Théâtre National de Bretagne est un espace particulier créé de toutes pièces, pris sur
les surfaces de circulation de ce qui fut à l’origine la Maison de la Culture de Rennes. Telle une enclave, ce lieu pour les arts plastiques et visuels au sein d’une structure essentiellement vouée au «-spectacle vivant-» sert de cadre à la première exposition personnelle de Jocelyn Cottencin.1

Jocelyn Cottencin est un artiste aux talents multiples, graphiste et photographe, designer et éditeur, sculpteur et vidéaste2, qui, de surcroît, collabore avec des créateurs dans divers domaines – architectes et chorégraphes notamment. Il aborde ce lieu improbable comme une scène ouverte où il lui serait loisible d’articuler ses propositions, certaines déjà expérimentées en d’autres temps et d’autres lieux, d’autres inédites.

Le présent livre donne à voir la teneur et les interrelations tangibles ou virtuelles de celles-ci,
de la même manière que l’exposition connectait ses différents pôles. Pièces mobilières, comme les deux Praticables, le banc public et le grand galet gris, œuvres murales telles Forest et La Consommation d’oxygène est différente d’un individu à l’autre,
graphique et typographique, adaptables à l’échelle et la configuration du lieu. Les photographies de grand format de Around, issues d’un séjour de l’artiste à Thessalonique, point d’origine d’un projet européen au long cours, jalonnent le parcours jusqu’à l’extrémité de la galerie. A l’horizontale à même le sol ou à la verticale suivant le tracé sinusoïdal de l’espace, les images des Marcheurs et de Landscape accompagnent le visiteur, «-avec la force insensible d’un courant-» jusqu’à un salon de lecture (que Jocelyn Cottencin nomme ailleurs de manière plus incisive un dispositif de lecture). Là, chacun est invité à la consultation et
à la lecture de livres ou de projets d’édition dus à l’artiste ou à d’autres, au creuset de Lieuxcommuns. Imperceptiblement, installé dans ce mobilier inhabituel, modeste et davantage à l’échelle des enfants qu’à celle des adultes, le spectateur capte enfin la projection vidéographique de Rendez vous N°1 (Rennes) qui clôt, mais là aussi de manière insolite, comme une fenêtre ouverte sur un autre monde, un monde où les chorégraphes rencontreraient des rugbymen, l’exposition.
Ainsi, entre les œuvres, l’espace, le visiteur s’ouvre le jeu des possibles. La circulation s’opère en souplesse, l’on glisse d’une œuvre à l’autre avec l’évidence, la limpidité d’une phrase au vocabulaire précis qui, pour être longuement et rigoureusement construite n’en paraît pas moins couler de source. Une logique syntaxique donc mais non moins sensible. Le récit que nous livre Jocelyn Cottencin est loin d’être forclos, il laisse toute latitude à l’autre de s’y immiscer, de le prolonger, l’enrichir. Il serait sans doute plus judicieux d’user d’une métaphore chorégraphique plutôt que littéraire pour évoquer les phénomènes engendrés par l’exposition de ses œuvres. Chaque objet, l’espace entre constituent une scène, une invite à la chorégraphie des corps. Chaque œuvre alors se présente comme un agrégat de formes, plus ou moins complexes, auquel s’ajoute l’usage, éphémère, réfléchi ou spontané, inattendu quoiqu’escompté, que le visiteur invente.
Pour Jocelyn Cottencin, la responsabilité de l’artiste est grande. La capacité de création artistique se mesure aux perspectives que l’œuvre peut ouvrir, mais inclut aussi la manière dont l’artiste pense la destination et la réception de celles-ci. A ces questions, il ne se dérobe jamais, elles le passionnent au contraire et sont indissociables de son projet. En témoignent les nombreuses expériences où il prend en considération un «-groupe-», la première étant Une journée avec et la plus récente Rendez vous N°1 (Rennes).
Pour que le dialogue ait lieu, nul besoin de circonvolutions, le superflu est éliminé au profit
d’une littéralité qui chez un autre pourrait être qualifiée de tautologie. Prenons Lieuxcommuns, justement, la structure qu’il a créée avec Francis Voisin et Anne Durez. Au-delà du cliché, le mot recouvre exactement cet idéal du studio, le lieu où
la parole s’échange, les projets s’élaborent, les expériences sont partagées, où une part commune émerge.

Et pour sa première exposition personnelle – marquée par son titre La consommation d’oxygène est différente d’un individu à l’autre du sceau de l’objectivité évoquée plus haut –, Jocelyn Cottencin a particulièrement réussi la création dans l’espace, la matérialisation en quelque sorte de Lieuxcommuns : la scène est prête, la pièce peut être jouée, le récit se dérouler, la rencontre peut avoir lieu.

1 _ La Galerie du TNB est programmée par le Frac Bretagne depuis décembre 1991, l’exposition de Jocelyn Cottencin en constitue l’avant-dernier rendez-vous avant la fermeture définitive de cet espace liée au réaménagement de l’ensemble du bâtiment.
2 _ Il n’est pas sûr que ces désignations aient une quelconque validité pour Jocelyn Cottencin qui tend à ignorer la différence traditionnelle entre beaux-arts et arts appliqués.